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Petit guide pour la lecture des gros titres sur l’alimentation

« Oubliez les régimes avec cette pilule minceur !», « Ces additifs alimentaires affectent votre flore intestinale !», « Le brocoli prévient le cancer !». La nutrition fait régulièrement l’objet des gros titres des médias, d’annonces commerciales ou de messages sur les réseaux sociaux. Comment faire le tri face à une telle surcharge d’informations, souvent peu fiables, partisanes ou manquant de nuances ?

Un minimum de connaissances peut réellement améliorer votre capacité à discerner charlatanisme et travaux scientifique de qualité. En connaissant mieux le fonctionnement de la recherche scientifique, et comment ces résultats sont repris par les médias et d’autres acteurs plus ou moins bien intentionnés, vous serez mieux préparé à décortiquer les prochains gros titres. Vous pourrez décider par vous-même de les prendre au sérieux, ou de passer à autre chose.

 

Les études in vitro : de l’éprouvette à l’estomac, il y a bien plus qu’un pas

Telle substance est soupçonnée de causer le cancer ou de favoriser la digestion ? Dans un premier temps, les scientifiques vont souvent l’exposer à des cellules de culture, en laboratoire. Pour autant, si la caféine, l’alcool ou une vitamine affecte les cellules d’une manière donnée dans une éprouvette, cela ne prouve pas que l’ingestion de ce composé aura le même effet. Tout dépend de la substance ou du protocole de l’expérience. Cela n’empêche pas les médias de faire souvent de grands raccourcis.

Pour autant, les études in vitro ce n’est pas du pipeau ! C’est là que commencent de très nombreuses découvertes scientifiques. Parce qu’elles ne coûtent pas très cher, elles peuvent aider les chercheurs à choisir quelle hypothèse privilégier, quand il s’agit d’expliquer des mécanismes biochimiques complexes et essentiels à des questions de santé. Mais si l’article que vous lisez est entièrement basé sur les résultats d’une étude in vitro, ses implications directes sur la nutrition devraient être prises avec des pincettes.

 

Analogies animales : c’est bon pour le rat, pas forcément pour toi

Parce que l’éprouvette a ses limites, on procède également à des tests sur les animaux. Par exemple, pour comprendre l’action des perturbateurs endocriniens, comme le bisphénol A: ce sont des effets à long terme, qui impliquent de complexes mécanismes hormonaux répercutés en cascade sur l’ensemble de l’organisme. Dans un tel cas, les cultures de cellules sont insuffisantes. Les chercheurs ont besoin de ce qu’ils appellent « des systèmes vivants complexes » – des animaux en l’occurrence.  

Mais du ver nématode à l’homme, en passant par le rat, les espèces ne réagissent pas toutes de la même manière à une substance donnée. Il faut une réelle expertise scientifique pour évaluer dans quelle mesure tel résultat, obtenu sur tel animal, est potentiellement extrapolable à l’humain. Et même dans ce cas, cela ne vaut pas une preuve définitive. Mais les gros titres des journaux font généralement le raccourci sur cette question. Quant aux opinions partisanes – pro ou sceptiques quant à l’expérimentation animale – elle l’emportent le plus souvent sur les arguments rationnels.

 

Etudes écologiques : le régime crétois en Norvège, ça marche ?

Les Crétois comptent de nombreux centenaires : ruée sur l’huile d’olive ! Les Japonais aussi : ruée sur les sushis ! En moyenne, certaines populations humaines vivent plus longtemps et en meilleure santé que d’autres. Cela tient en partie à des facteurs culturels, par exemple le régime alimentaire. Pour tenter de mettre en évidence les défauts et les mérites de différentes habitudes alimentaires. Observer des populations dans ce qu’on nomme des études écologiques – soit sans intervention extérieure – est le moyen utilisé par les chercheurs

Toutefois, fonder des conclusions directes sur la seule base d’études écologiques n’est pas très concluant, puisqu’elles ne permettent pas aux chercheurs de dissocier corrélation et la cause – en d’autres termes, la population est-elle en bonne santé en raison de son régime alimentaire, ou à cause d’autres facteurs qui n’ont pas pu être pris en compte ? Là aussi, le principal intérêt de ces études est de dégager des hypothèses, plus que de tirer des conclusions.

 

Etudes de cas-témoins : j’ai la mémoire qui flanche

Dans les études de cas-témoins, les chercheurs comparent un groupe de personnes présentant une caractéristique de santé spécifique, comme l’obésité (le groupe de cas), avec un groupe similaire de personnes qui n’en sont pas atteintes (le groupe de contrôle).

En reconstruisant les habitudes passées des participants au moyen de questionnaires, ils tentent de déterminer les facteurs qui ont conduit à leur état. Parfois, d’intéressants résultats sont mis à jour. Mais ces études sont souvent limitées par les déficiences de mémoire des participants. En effet, il est généralement facile de se souvenir si l’on fume, et combien le cas échéant, ou si l’on prend tel ou tel médicament. Mais peu de gens gardent une mémoire précise de leur consommation de brocolis, d’oursons de gomme ou de céréale non raffinés.

 

Etudes de cohortes : les vertus de la patience

Tandis que les études cas-témoins se tournent vers le passé, les études de cohortes suivent des patients initialement en bonne santé sur des périodes prolongées. Les chercheurs recueillent des données auprès des participants à intervalles réguliers, afin d’identifier les facteurs qui, éventuellement, vont voir certains membres de la cohorte contracter la maladie étudiée.

Les études de cohortes sont considérées comme le type d’études « non-expérimental » le plus fiable. Mais elles sont coûteuses et prennent du temps.

 

Essais randomisés : deux aveugles valent mieux qu’un

Cela nous amène à un type d’étude expérimentale considéré comme étant la référence suprême en matière de recherche nutritionnelle : les essais randomisés avec placebo en double-aveugle. Deux groupes d’individus reçoivent soit le composé étudié, soit un placebo. Ni les participants ni les chercheurs chargés d’évaluer les résultats ne savent qui appartient à quel groupe – d’où le terme de « double aveugle ».

Ce genre d’étude vise à pouvoir lier le plus étroitement possible les composés alimentaires aux effets sur la santé. Mais pour être concluants, les essais doivent être entrepris sur des populations suffisamment nombreuses, et pour des durées suffisantes. Cela vaut encore plus pour la nutrition, qui déploie ses effets à long terme, que pour les médicaments.

 

Etudes d’études (d’études) : l’histoire sans fin

Pour chaque effet bénéfique pour la santé associé à un composé, disons la caféine, il semble y en avoir un négatif aussi. Où donc se trouve la vérité ? Pour le savoir, les chercheurs combinent les résultats de multiples études dans ce qu’on appelle des méta-analyses, dans lesquelles les études sont évaluées en termes de protocole selon leurs conclusions et la solidité de celles-ci.

Parfois, même différentes méta-analyses sur le même sujet offrent des résultats contrastés, auquel cas elles peuvent elles-mêmes devenir des sujets de (méta) méta-analyses.

 

La prochaine étape : collaborez avec les chercheurs

Presque tout le monde est connecté à l’internet par les appareils mobiles. Cette révolution a ouvert la voie à des recherches massives mais abordables – parce que l’on compte sur votre participation ! En pistant le régime alimentaire, et grâce au développement de l’intelligence artificielle, les apps mobiles pourraient fournir des quantités d’informations inouïes aux chercheurs en nutrition.

En attendant, n’oubliez pas de télécharger l’application Openfood. Vous pourrez scanner le code-barre de plus de 14’000 produits vendus en Suisse, afin d’en savoir bien davantage que ce que vous trouvez sur les étiquettes. En participant, vous nous aidez à augmenter et à affiner cette base de données ouverte et gratuite.

 

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